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- 15/04/2014

Le millefeuille est indigeste, osons la réforme !


Le millefeuille est indigeste, osons la réforme !

Illisible et Coûteux, notre millefeuille est à revoir, car la couche sucrée ne masque plus la crème indigeste.

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » me disait ma grand-mère.
 
Elu local,  je devrais pouvoir sans peine expliquer à mes enfants ou à n’importe quel citoyen, la logique de l’enchevêtrement des compétences, des responsabilités, et des élus locaux.
Je devrais pouvoir expliquer pourquoi un festival culturel peut être financé par 4 ou 5 collectivités, chacune exigeant son logo et son discours lors du lever de rideau.
 
Pourquoi un gymnase pour des enfants de 12 ans est du ressort de la commune, mais du ressort du département s’il est à l’intérieur d’un collège, ou de la région s’il est à l’intérieur d’un lycée.
 
Pourquoi la route entre les villages d’un même hameau, est souvent communale, parfois départementale, et même des fois régionale.
 
Pourquoi il faut frapper à 5 ou 6 portes de divers services de l’Etat pour boucler son budget d’investissement et pourquoi un maire qui ne connaît pas les coulisses à moins de chance de réussir son mandat ou son équilibre budgétaire ?
 
Pourquoi les budgets des syndicats sont bien supérieurs à ceux des communes ou des intercommunalités et rendent des services de proximité de tous les jours ( Eau, assainissement, ordures ménagères, action sociale, portage repas, etc..) sans qu’on n’évoque jamais pourquoi les intercommunalités ne les gèrent pas directement, ou sans que l’on s’interroge sur les mandats de leurs présidents, plus souvent cooptés qu’élus directement ?
 
Pourquoi le budget d’une région française ( moins de 600 Millions d’Euros pour l’Auvergne par exemple ) est à peu près celui de sa capitale régionale, et qu’elle est censé avec ce petit pactole, s’occuper d’emploi, de développement économique, d’investissements touristiques, de formation , de transport, de culture, etc…
 
Pourquoi l’action économique qui devrait être le rôle clé des régions ne représente que 3 ou 5 % de leurs budgets, et pourquoi des départements continuent d’y consacrer des volumes parfois bien supérieurs?
 
Pourquoi chacun s’occupe de tourisme, d’environnement, d’action sociale, de logement, d’économie, d’accueil d’entreprises, d’énergie ou de formation ?
 
Et pourquoi chacun le fait mal, car chacun saupoudre ses moyens« éparpillés par petits bouts façon puzzle."
 
Le résultat est sans surprise.
La dette cumulée de la « basse cour française » est de 2 000 Milliards d’Euros (13 000 Milliards de francs si cela pouvait aider à se rendre compte de son énormité) tout en précisant que la part et la responsabilités des collectivités locales restent marginales dans ce déficit.
 
Et Ailleurs ?
 
Comme chacun, il m’arrive de rencontrer des interlocuteurs étrangers.
 
Comment expliquer à un québécois qui a tant réformé il y a 10 ans en regroupant les communes et augmentant la taille des intercommunalités, à un Italien qui est en train de le faire, à un Allemand qui a bâti une organisation performante qu’il n’a pas modifié depuis 70 ans et qui a réussi à « digérer » l’intégration de l’ex-RDA, que notre belle France est irréformable.
 
Notre pays a « pondu » l’organisation des régions en 1955, les lois de décentralisation globalement utiles en 1982 qui a renforcé le rôle des régions et des départements, les lois Pasqua et Voynet de 1995 et 1999 créant les pays, puis les intercommunalités, le transfert de compétences de l’Etat vers les collectivités sans transférer les personnel à l’exception  des personnels des lycées de l’Etat aux régions, …
 
Notre coq a beaucoup pondu !  Il est très fort, le coq !
 
Sans s’apercevoir que la coupe est pleine, et qu’aucune organisation humaine au monde n’a autant créée sans réformer, sans supprimer, sans mutualiser, sans simplement gérer.
 
 
Alors que fait-on ?
 
Les français sont comme leurs élus, partagés et indécis.
Mais ils seront prêts si on leur montre, Ensemble, le chemin.
 
70 % d’entre eux veulent une réforme du Millefeuille, mais 75 % des mêmes ne veulent pas que l’on touche à leur région. ( sic !)
 
Contradiction apparente, qui matérialise la marge d’évolution et la nécessaire pédagogie de la réforme.
 
On entend déjà les mêmes lobbies, ceux qui ont critiqué Giscard puis Mitterrand, Chirac puis Juppé, Sarkozy puis Fillon, Hollande, Ayrault et maintenant Valls.
 
On expliquera avec les présidents de Conseils généraux de toutes sensibilités que la ruralité est l’histoire de la France, que Napoléon a eu raison de les structurer ainsi,  que le mouvement à la mode est « Touche pas à mon canton » et qu’il ne faut rien modifier.
 
On expliquera avec les présidents de Conseils Régionaux de toutes sensibilités que les régions ont permis de grands projets, qu’Edgar Faure eut aussi raison de les créer,  que des hommes et femmes de premier plan furent de grands présidents de Région, (ce qui est vrai) et qu’il ne faut rien modifier.
 
La responsabilité de l’actuel gouvernement est totale, à la fois dans ses annonces, contre temps et contre-pieds sur nombre de sujets, notamment la réforme territoriale, qui donnent le tournis, comme dans sa capacité à trouver la bonne méthode et le consensus.
Je crains que ce ne soit mal parti et je le regrette.
 
Relisons Descartes et le « Discours de la Méthode » et donnons une chance à notre pays comme ont su le faire ceux qui, contre vents et marées, ont construit après la seconde guerre mondiale, la CECA, puis l’Union européenne.
 
Il fallait être visionnaire et ambitieux, désintéressé et vraiment patriote.J’ai envie de croire que c’est encore possible.
 
Avant que des forces extérieures puissantes ne nous obligent à le faire sans délai, il est temps qu’une génération d’Hommes et de Femmes de toutes sensibilités se saisissent sans arrière pensée tactique, électorale ou politique, de ce sujet et contribuent à bâtir l’architecture de la France du 21 ème siècle, condition indispensable à sa réussite et la survie de ses grands équilibres.
 
« Les conneries c’est comme les impôts, on finittoujours par les payer» disait Audiard.
 
A défaut d’entrer au Panthéon, il devrait inspirer les enseignants de l’ENA et de Sciences PO, et la classe politique nationale !
 



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